VIVA- Patrimoine et dynamiques participatives : Valoriser, Imaginer, Viser, Apprendre et Innover pour un héritage vivant
"Le patrimoine n’est pas ce qui est conservé, mais ce qui est transmis et transformé. "(Bernard Stiegler 2010)
VIVA, Valoriser, Imaginer, Viser, Apprendre et Innover appréhende le patrimoine comme un héritage vivant, compris non comme un ensemble d’objets à conserver, mais comme un processus social, culturel et pédagogique en constante reconfiguration (Smith, 2006 ; UNESCO, 2003). Inscrite dans une perspective de dynamiques participatives, cette approche reconnaît le rôle central des communautés, des usages et des pratiques contemporaines dans la production et la transmission des valeurs patrimoniales (Bastian & Flinn, 2020).
Toutefois, si le patrimoine peut être « transmis et transformé », c’est bien parce qu’il a d’abord été conservé ; et l’on ne conserve que ce dont subsistent des traces matérielles et parfois mémorielles. En ce sens, la transmission ne saurait être pensée sans une attention préalable aux conditions d’existence, de persistance et de réactivation de ces traces (Nora, 1989). Face aux destructions récurrentes qui affectent biens, lieux, archives ou gestes, l’appel VIVA souhaite ainsi articuler plus explicitement valorisation, transmission et enjeux de conservation, en interrogeant les modalités concrètes de sauvegarde, de documentation et de réinscription des traces patrimoniales dans le présent.
L’appel ouvre également la réflexion à la notion de « matrimoine », entendue comme l’ensemble des biens, savoir‑faire et œuvres issus des lignées et pratiques féminines. Parce que ces expressions s’ancrent souvent dans des supports fragiles : textiles, arts domestiques, pratiques du soin, archives privées, objets du quotidien, elles ont été historiquement marginalisées ou invisibilisées dans les récits dominants du patrimoine (Huyssen, A., 2003). Reconnaître et documenter ce matrimoine revient à rendre perceptibles des formes d’héritages sensibles, situés, précaires, mais essentielles à la compréhension des cultures et des mondes vécus. Les propositions visant la (re)valorisation, la documentation ou la transmission du matrimoine sont, à ce titre, particulièrement encouragées.
Dans ce cadre, l’enseignement du design occupe une position stratégique (Cross, 2006 ; Schön, 1983). En tant que discipline du projet, le design articule imagination critique, méthodes situées et intentionnalité transformative, permettant de valoriser des savoirs locaux, de projeter des futurs possibles et de viser des transformations responsables (Manzini, 2015). Ces démarches entrent en dialogue avec des approches éducatives centrées sur l’expérience, la participation et la co-construction des savoirs. Loin d’une simple médiation illustrative, le design devient un outil épistémique, capable de rendre visibles des récits, des gestes et des mémoires souvent marginalisés, tout en ouvrant des espaces d’expérimentation pédagogique.
Les technologies émergentes, et notamment l’intelligence artificielle, renforcent cette dynamique lorsqu’elles sont mobilisées de manière critique et « human-centered ». L’IA, la visualisation de données ou les dispositifs immersifs peuvent soutenir l’exploration de corpus patrimoniaux, la documentation partagée et la scénarisation de futurs d’usage, à condition d’être inscrits dans des cadres éthiques explicites et pédagogiquement situés (Floridi, 2019 ; Shneiderman, 2022). L’innovation, ici, ne se réduit pas à l’outil : elle engage un renouvellement des pédagogies du design, de leurs méthodes d’apprentissage, de leurs dispositifs d’évaluation et de leurs responsabilités sociales (Norman, 2013).
L’appel VIVA invite ainsi à explorer comment valoriser, imaginer, viser, apprendre et innover peuvent constituer une grammaire commune pour penser le patrimoine à travers l’enseignement du design. En croisant pratiques pédagogiques, participation et technologies, il propose de considérer le patrimoine comme un terrain d’expérimentation critique, où s’élaborent des formes renouvelées de transmission, de création de valeur et de gouvernance culturelle, en dialogue avec les territoires, les institutions et les acteurs du vivant.
Axe 1 - Valoriser & Imaginer : activer le patrimoine par le design, les récits et les futurs possibles
Associer Valoriser et Imaginer, c’est reconnaître que la mise en valeur du patrimoine (matériel/immatériel, vernaculaire/institutionnel) gagne en pertinence quand elle mobilise la puissance projective du design et des récits(Dunne & Raby, 2013). Les pédagogies de l’imaginaire (design fiction, cartographies sensibles, dispositifs narratifs/immersifs) permettent de rendre intelligibles les valeurs patrimoniales et leurs usages. Les IA génératives, la datavisualisation ainsi que les dispositifs de réalité augmentée (RA) et de réalité virtuelle (RV) favorisent reconstitutions, simulations d’usages passés/futurs et ouverture de scénarios, transformant le patrimoine en matière pédagogique dynamique. Les dispositifs issus des projets de design peuvent faire médiation dans l’espace public : expositions, prototypes, films, installations ou plateformes, en révélant des savoir-faire, des gestes et des mémoires locales souvent invisibilisés.
Axe 2 -Viser & Apprendre : méthodes situées, co-conception et design des transitions et de la transmission
Relier Viser et Apprendre inscrit les objectifs de l’enseignement du design dans une trajectoire de transformation située, attentive aux enjeux sociaux, culturels et environnementaux contemporains. Il s’agit de définir des visées explicites en termes de transmission, de transition et d’impact, et d’outiller les apprentissages pour les atteindre, avec et par les communautés, dans des contextes territoriaux et culturels spécifiques. Les méthodes de co-design et les enquêtes de terrain instituent des formes d’apprentissage in situ, fondées sur l’expérience, l’engagement et la participation (communautés de pratique, recherche-création). Dans ce cadre, le design contribue à penser la transmission non comme un simple passage de savoirs, mais comme un processus de transition, où les héritages se reconfigurent à l’épreuve des usages, des mutations sociétales et des transformations écologiques.
La documentation à travers des bases collaboratives, des standards ouverts ou des dispositifs d’indexation assistée par l’IA, devient alors une pratique pédagogique centrale, à la fois outil de sauvegarde, de médiation et d’actualisation des savoirs. Cette attention à la documentation s’accompagne nécessairement d’un rappel du rôle fondamental de la conservation : aucune transmission ou transition n’est possible sans la persistance de traces matérielles ou mémorielles. Les destructions récurrentes de biens, d’archives ou de pratiques rendent indispensable une réflexion sur les conditions concrètes de sauvegarde, en particulier pour les expressions fragilisées du matrimoine : textiles, arts domestiques, objets du soin souvent absentes des dispositifs patrimoniaux classiques.
Les curricula et grilles d’évaluation explicitent les visées pédagogiques (service learning, médiations culturelles, design social), en intégrant les questions d’accessibilité, d’inclusion et de responsabilité. L’enjeu est d’articuler méthodes, critères et valeurs afin de garantir la redevabilité des apprentissages et des transformations visées, et d’accompagner les transitions à l’œuvre dans les manières de transmettre, d’apprendre et de faire projet avec le patrimoine.
Axe 3- Innover : IA, technologies émergentes et dynamiques participatives pour un héritage vivant
Innover dépasse l’outil : il s’agit d’un renouvellement des pédagogies par l’articulation critique entre technologies (IA, RA/RV, fabrication numérique, plateformes ouvertes) et participation. L’IA est à la fois assistant de conception (analyse de corpus patrimoniaux, générateurs, accessibilité linguistique) et objet critique (biais, explicabilité, soutenabilité). Les écosystèmes d’innovation ouverte (living labs, partenariats avec institutions culturelles et collectivités) testent des dispositifs reproductibles et évaluables (Bekele, M. K., Pierdicca, R., et al, 2018). La mesure d’impact pédagogique et social (traçabilité des apprentissages, indicateurs de vitalité patrimoniale, gouvernance des communs numériques) et la soutenabilité (frugalité, souveraineté des données, longévité des archives) structurent l’innovation dans la durée.
Modalités de soumission-VIVA- Deed-3L’appel VIVA se veut ouvert et fédérateur. Toute contribution, démarche, dispositif pédagogique, projet de recherche ou initiative institutionnelle s’inscrivant, explicitement ou implicitement, dans une articulation entre valoriser, imaginer, viser, apprendre et innover, ou mobilisant d’autres combinaisons conceptuelles et méthodologiques apparentées, peut pleinement trouver sa place dans cet appel. L’enjeu central réside moins dans l’adhésion formelle à un cadre unique que dans la capacité des propositions à s’ancrer dans des dynamiques intégratives et participatives, envisageant le patrimoine comme un processus vivant, en transformation continue, co-produit par les acteurs, les usages, les territoires et les dispositifs pédagogiques. À ce titre, VIVA accueille des approches plurielles qui reconnaissent le patrimoine comme un milieu d’apprentissage, de projet et d’innovation, où l’enseignement du design contribue à articuler transmission, expérimentation et responsabilité culturelle.
Nous invitons des contributions critiques, théoriques, expérimentales ou issues de projets pédagogiques et collaboratifs, qu’ils soient aboutis, en cours ou prospectifs. Les propositions peuvent prendre la forme d’articles scientifiques, d’études de cas, de récits de projet, d’entretiens, de démarches méthodologiques, de dispositifs de design ou de tout autre format de réflexion pertinent en lien avec la thématique VIVA : Valoriser, Imaginer, Viser, Apprendre et Innover pour un héritage vivant.
Cet appel s’adresse aux chercheur·e·s, enseignant·e·s-chercheur·e·s, designer·euse·s, praticien·ne·s du patrimoine, responsables culturels, archivistes, artistes, ingénieur·e·s, ainsi qu’aux doctorant·e·s et étudiant·e·s avancé·e·s. Sont particulièrement encouragées les contributions provenant des domaines du design (objet, espace, graphique, service, textile, numérique), de l’architecture, des humanités numériques, des études patrimoniales, ainsi que de toute discipline travaillant les relations entre design, pédagogies, patrimoine/matrimoine et dynamiques participatives.
Les propositions devront se distinguer par leur originalité, leur rigueur conceptuelle et leur qualité scientifique, qu’il s’agisse d’un ancrage théorique solide, d’un cadre méthodologique explicité ou d’un travail empirique étayé. Une attention particulière sera portée à la clarté de l’argumentation, à la mise en évidence des enjeux pédagogiques et culturels, et à l’explicitation des dynamiques de valorisation, d’imagination, de visée, d’apprentissage et d’innovation mobilisées.
Enfin, nous attendons des contributions capables d’ouvrir de nouvelles perspectives sur les interactions entre design, transmission, conservation, transition, technologies émergentes et participation, en explorant notamment les conditions de sauvegarde des traces, la (re)valorisation du matrimoine, ou encore la manière dont l’enseignement du design peut constituer un levier pour un patrimoine vivant. Les propositions devront nourrir un dialogue critique et constructif autour de ces enjeux contemporains, en contribuant à enrichir les débats portés par la revue DEED.
Instruction de soumission en ligne
- Pour l’appel à contribution, la taille du texte final demandé est de 2500 à 8000 Mots.
- Feuille de Style Deed à prendre en considération: Feuille de style DEED
- La soumission des articles sera ouverte en ligne à partir du 28 JANVIER 2026.
- Le document complet doit être au format Word, à soumettre en ligne avant LE 28 AVRIL 2026.
- Vous pourrez soumettre vos articles via le lien suivant : https://design-in-deed.com/index.php/journal/about/submissions.
- Intitulé du fichier: «Titre de l’article_VIVA_DEED_3.docx »
La revue DEED met en place un système de soumission continue pour des articles complets, avec une périodicité de six mois pour chaque numéro, chacun étant centré sur une thématique précise. Toutes les soumissions passent par un processus de révision par les pairs à double aveugle, assurant ainsi objectivité et rigueur. Il est crucial que les articles se conforment aux instructions aux auteurs et respectent les délais, car ceux reçus et acceptés après la date limite seront reportés pour une publication ultérieure.
Références
- Bastian, J. A., & Flinn, A. (2020). Community archives, community spaces. Facet Publishing.
- Bekele, M. K., Pierdicca, R., Frontoni, E., Malinverni, E. S., & Gain, J. (2018). A survey of augmented, virtual, and mixed reality for cultural heritage. Journal on Computing and Cultural Heritage, 11(2), 1–36.
- Cross, N. (2006). Designerly ways of knowing. Springer.
- Dunne, A., & Raby, F. (2013). Speculative everything. MIT Press.
- Floridi, L. (2023). Ethics, governance, and policies in artificial intelligence.
- Huyssen, A. (2003). Present Pasts: Urban Palimpsests and the Politics of Memory. Stanford University Press.
- Stiegler, B. (2010). Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue : De la pharmacologie.
- Manzini, E. (2015). Design, when everybody designs: An introduction to design for social innovation. MIT Press.
- Nora, P. (1989). Les lieux de mémoire.
- Norman, D. A. (2013). The design of everyday things (Revised and expanded ed.). Basic Books.
- Schön, D. A. (1983). The reflective practitioner. Basic Books.
- Shneiderman, B. (2022). Human-centered AI. Oxford University Press.
- Smith, L. (2006). Uses of heritage.
- (2003). Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. UNESCO.
